|
Pour moi, les raisons « techniques »
justifiant le choix des caractères latin ou arabe sont secondaires, parce que la graphie, comme je lai dit plus haut, est une
convention quétablissent lusage et la pratique, au même titre
que le langage.
Pour sen tenir uniquement à lanalyse technique de la
question, il faut traiter le problème du choix de la graphie
la plus pertinente techniquement comme tout autre problème auquel
on apporte des solutions technique et scientifique et écarter, au tant que possible, les désirs et les préférences subjectives. Pour ce faire, il faut bien savoir distinguer entre ce qui
est utile à la langue amazighe et ce qui est utile à certaines
attitudes envers cette langue.
Le choix dune graphie unifiée et appropriée est une
tâche qui incombe à lEtat en tant que responsable de la politique
denseignement, et qui doit trouver des solutions aux problèmes
que pose cette politique. Comment lEtat sy prend donc ?
Envisageons la constitution dun pont et procédons de la même
manière pour résoudre le problème du choix de la graphie. Pour
que le pont soit construit dune façon scientifique, lEtat
en confie louvrage aux ingénieurs et aux spécialistes et non
aux astrologues ou aux charlatans. De même pour le choix de
la graphie la plus adéquate à la langue amazigh, lEtat doit
charger des « experts » en la matière et des
spécialistes en linguistique berbère de cette tâche. parmi
ces spécialistes, on peut citer :
Taifi, Saib, Boukous, chaker, Ouakrim, Issati,
Tilmatin, Bounfour
etc. Mais, on connaît leur point de vue
sur la question. Ils sont tous , pour des raisons techniques
et scientifiques, pour ladoption du caractère.
Il va sans dire que lEtat ne suit cette voie que sil
a de bonnes intentions envers tamazight et cherche les moyens
les plus scientifiques pour servir la langue amazighe. Dans
le cas contraire, lEtat impose tout simplement la graphie
arabe pour des considération idéologiques qui ne servent plus
la langue amazighe en tant que telle.
Pour ne pas sortir du cadre scientifique de la question, il ne faut pas se fier à lopinion de la majorité des citoyens
même les amazighophones sur le sujet, comme le préconisent
certains, croyant que cest plus démocratique. En sciences, il ny a pas de démocratie, il y a des vérités. La majorité, au sens électorale, ne change rien à la nature de ces vérités. Lhistoire de Galilée est là pour nous le rappeler.
Quand on construit un pont, on ne tient pas compte de
lopinion des citoyens qui vont lutiliser sur la façon de le
construire. Ce sont les scientifiques une élite minoritaire
donc qui en décident. Il va de soi que beaucoup darabophones
et damazighophones aussi, sans données scientifiques sur la
question, ne peuvent que préférer le caractère arabe au caractère
latin sous linfluence de la religion et de léducation reçue
à lécole. En effet, le choix du caractère arabe pourrait
servir le côté social et religieux, mais desservir la langue
amazighe en tant que telle en comparaison avec le service que
peut lui rendre ladoption du caractère latin.
On a beaucoup parlé des avantages et des inconvénients
de chacune des deux caractères, mais on a toujours négligé
de les comparer au Tifinagh pour savoir lequel des deux en est
le plus proche.
Lalphabet arabe forme un système décriture consonantique ;
on ne note en arabe, que les consonnes. Le caractère latin
fait partie dun système décriture quon peut appeler« consonnantico
vocalique » auquel appartient aussi lalphabet Tifinagh :
dans les deux graphies, on note aussi bien les voyelles que
les consonnes.
Quand on note Tamazight en caractère latin, on utilise
en effet le même système décriture que ce lui du Tifinagh,
qui est la graphie historique et originale de Tamazight. On
change seulement les symboles graphiques. Ce qui fait que le
caractère latin peut être considéré comme une variante du Tifinagh. Il répond donc mieux aux particularités et aux exigence scripturales
de Tamazight que ne le fait lalphabet arabe qui relève dun
autre système décriture tout à fait différent, conçu pour
dautres particularités et dautres nécessités scripturales
et linguistiques.
De plus, laffinité du Tifinagh et du caractère latin
est très évidente. Une phrase écrite en Tifinagh ou en caractère
latin peut se lire correctement sans en avoir compris le sens.
Par contre, on ne peut pas lire correctement une phrase écrite
en caractère arabe si on na pas compris son sens, au préalable. En caractère Tifinagh et latin, le sens vient après la lecture. Dans le cas de larabe, la saisie du sens détermine la manière
de lire et de prononcer les mots et doit donc la précéder.
Cest là une caractéristique spécifique à la langue arabe où
les voyelles accompagnant les dernières consommes des mots changent
suivant la position grammaticale de ces mots dans la phrase, position que détermine le sens du discours. Doù le recours
à la « voyellation » ( chchak » inhérente
à la langue arabe. Ainsi, écrite en caractère arabe, la phrase
amazighe suivante reste équivoque et se prête à deux lectures
aux sens différents : Il peut sagir de « Izemmar
ad yec » ( il peut manger) ou de « Izmmar ad yec »
( lagneau mangera).
Pour éviter la confusion et lever léquivoque liées à
lemploi du caractère arabe, on est obligé davoir recourir à lun des deux moyens suivant :
a)Noter graphiquement
les voyelle comme en alphabet latin. Mais ce serait un procédé
inutile déplacé et incongru (2) puisquil
existe un alphabet latin où les voyelles sécrivent dune manière
normale et naturelle.
b)Recourir à la « voyellation » ( noter les signes graphiques indiquant
les voyelles). Outre lalourdissement du texte écrit par les
symboles vocaliques ( la voyellation ), il faut faire remarquer
cest un point dimportance capitale que la pratique de la voyellation
nest pas seulement une caractéristique propre à la graphie
arabe, elle est la langue arabe même. Vouloir lappliquer
à une langue comme Tamazight est un non sens. Pour quoi ?
parce que la « voyellation na de sens que pour une langue
dite « Muârabatun » ( ). Cest à dire une langue où les dernières voyelles
des mots changent, comme on la vu, suivant leurs
rôles grammaticaux qui sont fonction du sens de la phrase,
ce qui nest pas le cas pour Tamazight et les langues européennes
aussi où le sens du discours nagit pas sur la forme des dernières
voyelles des mots. Les mots « Taddart » et son
équivalent français « maison » gardent leur prononciation
invariables, quils soient sujets ou compléments. Tamazight
et le français sont des langues dites « Mabniyatun », à lopposé des langue dites « Muârabatun ».
écrire donc une langue « Mabniyatun », comme Tamazight ou langlais, en caractère arabe, qui est
pour une langue « Muârabatun », serait une entreprise
insensée et contre nature. Cest comme si on
voulait faire rouler une voiture à essence au gasoil, parce
quil existe des voitures qui roulent au gasoil.
|