Les
lexiques en usage actuellement comportent des transcriptions
de mots où l’article est lié au radical. (exemple, argaz au
lieu de a rgaz et tamghart au lieu de ta mghart ). Le résultat
de cette pratique est la confection d'un dictionnaire ségrégationniste
du point de vue genre. C'est-à-dire que les noms au masculin
sont bien séparés des noms au féminin (aucune liste ou page
ne comporte aussi bien des mots au masculin que des mots au
féminin). Près de la moitié du dictionnaire est représentée
par les mots masculins (mots commençant par la lettre - a
- ), l'autre moitié est composée uniquement de mots au féminin
(mots commençant par la lettre - t -) avec tout juste quelques
pages réservées à la presque totalité des graphèmes composant
l'alphabet. Alors que deux lettres ( a, et t ) occupent presque
toutes les pages.
Il
faut admettre qu'une telle procédure ne laisse pas apparaître
beaucoup de sérieux, et donne une image bien pâle de la valeur
de la langue ta mazight.
Mis
à part cela, une question d'une importance capitale se pose.
Dans le cas de classement par ordre alphabétique ( et sachant
que tout est stocké, classé, répertorié, informatisé par ordre
alphabétique ) les usagers auront bien du mal à se retrouver
en voyant défiler sur les écrans ( d'ordinateurs ) ou dans
les listes de classement, des milliers de mots, tous classés
soit dans la lettre - a - ou des milliers, classés à la lettre
- t -. Il faut avouer que ce n'est ni pratique ni rentable
et encore moins fonctionnel.
" La
nature phonique composant chaque racine ne semble pas être
un critère... Les schèmes paraissent donc aussi moins fonctionnels
que les racines quant aux regroupements lexicaux. Le lexique
semble acquérir de plus en plus son autonomie et ne semble
pas être régi par une quelconque grammaire lexicale.
La
conclusion qui s'impose au niveau méthodologique c'est de
faire état de toutes les formes de mots recensés et de les
introduire dans le dictionnaire, autrement dit de considérer
tamazight comme une langue essentiellement lexicologique "
Cet
extrait d'une étude de M. Miloud TAIFI de l'Université
de
Fès Maroc, est une réponse scientifique à ceux qui préconisent
le classement de ta mazight suivant la racine du mot, méthode
autrement caduque et nullement appropriée aux besoins de langue
et aux nécessités de la modernité. Ce problème, insurmontable
pour ceux qui proposent cette voie (classement à partir de
la racine du mot) vient du fait que ta mazight ait été classée
dans un groupe de langues qui n'est pas le sien. D'où les
difficultés à lui appliquer les règles et les fondements inhérents
à ce groupe de langues.
Lorsque
les articles seront considérés à leur juste valeur et non
pas comme des lettres initiales "variables "
et que les mots seront transcrits détachés de ces déterminants
(Ex. a fus, i fasen, ta nekra, ti nekriwin) alors, tous les
obstacles rencontrés, soit pour confectionner un dictionnaire,
soit pour forger une grammaire rationnelle, tomberont tour
à tour pour permettre l'application d'une grammaire sensée
, pour autoriser un travail lexicologique basé sur la véritable
lettre initiale du mot (a fus, ixef, ul, t’uccent, ta dukli
etc.) et, de là, la confection d'un dictionnaire fonctionnel.
Un
usage conséquent de ta mazight, adapté aux exigences du monde
technologique dans lequel nous vivons, en découlera nécessairement.