par Dominique Lagarde, L'Express du 15/11/2001
Déboussolés et désoeuvrés, ils savent qu'ils ne vivront jamais aussi bien que leurs parents. Et sont de plus en plus nombreux à se laisser séduire par la rhétorique islamiste
Jusqu'à quel point les 15 Saoudiens - sur les 19 kamikazes qui se sont jetés, aux commandes des appareils piratés, sur le Pentagone et les tours du World Trade Center le 11 septembre dernier - étaient-ils représentatifs de la jeunesse du royaume? Bien plus, en tout cas, que les autorités de ce pays ne veulent l'admettre. Derrière la Saudi Connection qui inquiète les services américains, il n'y a pas seulement l'argent de quelques grandes familles. Il y a aussi le terreau d'une jeunesse à la fois endoctrinée, déboussolée et vulnérable, de plus en plus séduite par la rhétorique islamiste.
Il y a douze ans, les Saoudiens avaient le même niveau de vie que les Américains. Il est aujourd'hui inférieur à celui des Hongrois
«Les Saoudiens qui sont arrivés à l'âge adulte dans les années 90 sont la première génération de ce pays à avoir été moulée par un système d'éducation commun étroitement contrôlé par les religieux wahhabites», souligne la sociologue Mai Yamani, chercheuse au Royal Institute of International Affairs, à Londres, et auteur de la première enquête de terrain consacrée aux jeunes d'Arabie saoudite (1). Or l'islam enseigné dans ces écoles, puis dans les universités coraniques qui accueillent la majorité des étudiants issus des classes moyennes, est une religion d'exclusion. Les «infidèles», ou non-musulmans, y sont systématiquement présentés comme des «ennemis» à combattre. Un tel enseignement est conforme à la tradition wahhabite - qui considère comme une forme d'apostasie le fait de soutenir les «infidèles», que ce soit «par la main, la langue ou l'argent» - mais en totale contradiction avec l'alliance américano-saoudienne pourtant officiellement défendue par la monarchie... Il n'y a pratiquement aucune ouverture sur les autres cultures. Ainsi, note Mai Yamani, «un juriste formé dans une université coranique saoudienne ne connaîtra que la charia, dans sa seule interprétation wahhabite». «Ce type d'enseignement, ajoute-t-elle, rend, logiquement, les jeunes réceptifs au discours de l'islamisme radical.» D'autant plus qu'ils savent qu'ils ne vivront «jamais aussi bien que leurs parents». Et qu'ils en veulent, pour cela, à la famille Al-Saoud.
Endettement et corruption galopante Le PIB annuel par habitant, qui atteignait 28 000 dollars au début des années 80, est tombé à 10 000 dollars. Endettement, tassement des revenus pétroliers, corruption galopante et gestion approximative: les Saoudiens, qui avaient il y a douze ans un niveau de vie équivalent de celui des Américains, sont aujourd'hui moins bien lotis que les Grecs ou les Hongrois. Ceux qui ont accédé à l'âge adulte dans les années 70 ou 80 étaient habitués à consommer sans compter. Les études universitaires étaient rémunérées, et les diplômés assurés de trouver un emploi dans l'administration. Aujourd'hui, la moitié seulement des jeunes qui arrivent sur le marché du travail sont embauchés. On estime en effet qu'ils sont environ 100 000 - et encore ce chiffre ne tient-il pas compte des femmes, dont 5% seulement ont une activité professionnelle - à entrer chaque année dans la vie active, pour 50 000 emplois offerts dans les secteurs public et privé. Le chômage - entre 25% et 37% selon des estimations non officielles - touche tout particulièrement les diplômés des universités coraniques, moins bien adaptés au marché du travail. «Traditionnellement, dit un diplomate européen, la distribution des subsides était l'un des éléments qui nourrissaient le consensus entre la famille régnante et la population. La rente pétrolière était redistribuée grâce au clientélisme, ou par la création d'emplois, même plus ou moins fictifs, dans la fonction publique. Mais la situation a changé, et les mécanismes se sont grippés.»
Une situation qui ne peut que s'aggraver dans les années à venir: la moitié des 14 millions de Saoudiens ont moins de 18 ans. Et le pays connaît un taux d'accroissement démographique de 3,8%, soit l'un des plus élevés de la planète. «Leurs grands-parents, résume Mai Yamani, ont vu le royaume se construire et le pétrole surgir. Leurs parents ont été les enfants gâtés du pétrole, et la monarchie était alors légitimée par la redistribution des richesses. Eux se sentent vulnérables. Ils n'ont ni les certitudes de leurs grands-parents ni la sécurité économique dont bénéficiaient leurs parents. Leur seule référence est l'islam.» Et, si cela ne va pas, c'est que le pays s'éloigne de son identité islamique. A cause de la corruption du régime et de sa dépendance à l'égard des «infidèles» américains...
Contrairement au passé, l'islam radical d'aujourd'hui est un phénomène urbain
La guerre du Golfe a donné naissance en Arabie saoudite, au début des années 90, à un islam dissident, à la fois ultrawahhabite et politique, très critique à l'encontre de l'establishment religieux, qui avait couvert la décision de la monarchie de faire appel aux troupes américaines. Né à Burayda, au cœur du Nadj, ce courant n'a eu, tout d'abord, qu'une influence limitée, essentiellement régionale. Cela n'est plus le cas aujourd'hui. De plus en plus, les cheikhs dissidents font figure de maîtres à penser pour les jeunes. Notamment le cheikh Hmoud ben Okla al-Chouaïbi, auteur, début octobre, d'une fatwa interdisant toute coopération avec les juifs et les chrétiens et appelant les musulmans à défendre leurs «frères taliban». «L'Amérique est un Etat mécréant ennemi de l'islam et des musulmans», répète ce dignitaire religieux. Il justifiait, dans la même fatwa, les attentats du 11 septembre, en expliquant en substance que la mort de civils était certes regrettable, mais que ceux qui les avaient tués n'avaient commis aucun péché dès lors qu'il n'existait pas d'autre moyen d'atteindre l'«arrogance américaine». «Madeleine Albright [alors secrétaire d'Etat américaine] n'expliquait-elle pas qu'il était déplorable que des enfants meurent en Irak, mais que c'était le prix à payer pour contenir Saddam Hussein?» commente Saad al-Fagih, qui anime à Londres le Mouvement pour la réforme islamique en Arabie, une organisation appartenant à la même mouvance. Ce discours est évidemment conforté par les images diffusées chaque jour par Al-Jazira, qu'il s'agisse des bombardements sur l'Irak, de l'Intifada palestinienne ou, depuis le mois dernier, des frappes sur l'Afghanistan. En Arabie saoudite comme dans le reste du monde arabe, la chaîne de télévision qatarienne est devenue la principale source d'information. En particulier pour les jeunes: ils ne lisent pratiquement jamais et leur culture est, pour l'essentiel, télévisuelle.
Augmentation de la consommation de drogues
Contrairement aux mouvements ultrawahhabites du passé - les ikhwan, guerriers bédouins et «fous de Dieu» avant la lettre, puis les insurgés de La Mecque en 1979 - l'islam radical saoudien d'aujourd'hui est un phénomène urbain. Il touche essentiellement les jeunes des classes moyennes - en majorité des fils de fonctionnaires - qui disposent d'une formation universitaire acquise dans le pays. Ils sont différents de la jeunesse dorée formée dans les universités américaines, cosmopolite et libérale. Mais il s'agit tout de même de jeunes gens «modernes», enfants d'Internet et de la télévision par satellite. Mai Yamani note, en particulier, que les filles qui se sentent proches de ce courant revendiquent souvent le droit de travailler. En citant en exemples certaines des épouses du prophète Mahomet...
A ces jeunes qui s'ennuient dans une société sans plaisirs ni projet, taraudés par les frustrations - notamment sexuelles - la rhétorique islamique fournit une identité et une «cause». Une alternative, peut-être aussi, à d'autres dérives: la consommation de drogues - y compris de drogues dures - a considérablement augmenté ces dernières années dans le royaume. Au point que toutes les grandes villes ont ouvert des centres de désintoxication. Et sur les freeways de Riyad, chaque jeudi soir, de jeunes hommes trompent leur mal de vivre en se livrant, au volant de leurs grosses cylindrées, à des randonnées parfois mortelles.
(1) Changed Identities: The Challenge of the New Generation in Saudi Arabia, 2000.
Copyright L'Express Date : 2001-11-15 00:00:00 Source : L'Express du 15/11/2001
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Des villageois en sont arrivés aux mains. Un affrontement entre les deux parties a causé près d'une dizaine de blessés plus ou moins graves. Le pire a été évité grâce à l'intervention de quelques sages de la région qui ont pu contenir les débordements dont les conséquences auraient été dramatiques. ... Lire la suite Auteur: M. O. B Date : 2010-02-06 11:46:00 Source : L'Express du 15/11/2001
Dés voix d'Afrique du Nord Introduction : L’Égypte a toujours été considérée par les Égyptiens comme le berceau du monde «Oummou ddouniya». Et par le « monde arabe » comme étant le berceau des idéologies qui l’ont toujours enflammé depuis 50 ans: du nationalisme arabe à l’islamisme politique. Et par le monde comme étant leader et porte du monde arabe. Maintenant voyons sur le terrain, Israël n’a-t-il pas choisi l’Égypte pour faire une paix que personne n’avait imaginée? la même Égypte qui -quelques années avant- enfalmé les arabes pour jeter tous les juifs dans la méditerranée !. Obama, lui, n’a-t-il pas choisi aussi le Caire et non pas Rabat ou Alger pour faire son discours historique destiné au monde arabe et musulman, que jamais un président américain n'a fait? N’a-t-il pas choisi le Caire et non pas Rabat ou Alger où un pas vers la tolérance, la démocratie et la liberté de la presse est réellement franchi, (..) Au 11 septembre, n’est-il pas la majorité des terroristes originaire du moyen orient et dés quand on a pointé du doigt le moyen orient, c’est les marocains, les algériens et même les nigériens qui prennent les premieres places dans les listes des terroristes et jamais plus de moyen orientale ? (..) L’Égypte n’a-t-il pas construit un mur qui la sépare de ces propres frères arabes d’hier de Gaza ? Un mur que même Israël n’a construit, (..) Le Caire sait bien tirer les ficelles. Mais derrière ces ficelles, n’y t-il pas ni puissance militaire ni économique ni une avancée technologique égyptienne ? N’y a-t-il pas une simple idéologie arabo-islamiste? Aujourd’hui cette situation restera t-il toujours valable après cette renaissance identitaire nord africaine qui mis en cause ladite idéologie ? Nous écoutons ici un point de vue analyste venu d’ailleurs, de la société civile Israélienne. Il s’agit d’un article paru dans le Journal Israélien «The Jérusalem report» la semaine dernière, que nous republions une traduction vu son importance et son actualité. Il part d’une donnée simple : pourquoi tous les peuples d’Afrique du Nord -sans exception aucune- ont tous soutenu l’équipe nationale algérienne de football devant Égypte et n’ont pas soutenu «Oummou ddouniya»? ... Lire la suite Auteur: The Jerusalem Report Date : 2010-01-27 13:37:00 Source : L'Express du 15/11/2001
Les talibans sont peut-être juifs... Du moins d'origine juive. C'est - en raccourci - ce que tente de vérifier le gouvernement d'Israël. Le ministère israélien des Affaires étrangères a décidé de financer des recherches visant à établir pour de bon si oui ou non, les Pachtouns (ethnie dont sont issus les talibans) descendent bien de l'une des dix tribus perdues d'Israël. Et c'est en Inde que s'effectueront ces recherches. Pour une raison évidente : elles sont impossibles à mener en Afghanistan et au Pakistan. ... Lire la suite Auteur: Le Figaro Date : 2010-01-19 16:53:00 Source : L'Express du 15/11/2001
Mot du maire de Montréal : Aseggas Ameggaz ! Pour la première fois dans l’histoire, les autorités officielles montréalaises souhaitent Aseggas Ameggaz (Bonne Année) à toute la communauté amazighe. Nous remercions tous ceux et toutes celles qui ont participé, de près ou de loin, pour que celà soit possible.... Lire la suite Date : 2010-01-19 12:45:00 Source : L'Express du 15/11/2001
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